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Favoriser l'accès de tous à une éducation de qualité, sûre et pertinente en temps de crise

La place des langues dans l’éducation, ce que nous ignorons et l’importance des données

20 February 2019

À l'occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, un article de blog d'Alice Castillejo, conseillère de programme, Translators without Borders


© CScott CYPD IRC
Les faits indiquent qu’une éducation dans la langue maternelle offre d'excellents résultats d’apprentissage. Mais, à moins que vous ne sachiez avec lesquelles travailler, c’est une tâche difficile.

Les recherches menées par Translators without Borders (TWB) montrent que les intervenants humanitaires, quel que soit le secteur, ne savent souvent pas quelles langues maternelles sont parlées par la communauté qu’ils servent. En réalité, souvent, ils ne savent même pas quelle est la langue officielle parlée et comprise. Il est donc peu probable que les intervenants comprennent les personnes qui parlent des langues minoritaires lorsqu’elles sont interrogées sur l’éducation. En outre, les recherches suggèrent qu’en général, le diagnostic des besoins ne permet pas d’obtenir la réponse à cette question. En plus de cela, les données relatives aux personnes dont l’éducation se fait dans la langue maternelle sont également rares, compliquant ainsi l’accès à l’information pour les humanitaires, sans parler de l’efficacité des résultats.

Cela représente beaucoup d’informations dont nous n’avons pas connaissance.

Mais si nous parvenons à comprendre la raison de cet écart, nous pouvons quelque peu améliorer la situation.

Nombreuses sont les communautés multilingues à être affectées par la crise. Aujourd'hui, plus de 3000 langues sont parlées dans les 39 pays où ​ACAPS ​examine des situations humanitaires urgentes et problématiques. Dans l’un de ces cas, au nord-est du Nigéria, les personnes concernées parlent plus de 30 langues, alors que la réponse humanitaire se fait principalement dans deux langues, laissant ainsi quelque 32 % des populations déplacées à l’intérieur du territoire sans accès à une information dans leur langue maternelle. TWB collabore avec l’Organisation internationale pour les migrations afin de ​cartographier les langues​ des populations déplacées dans le nord-est du pays. Cependant, ces données sont indisponibles dans la plupart des crises humanitaires, et sans elles, les intervenants ignorent le pourcentage de la communauté nécessitant une aide linguistique pour accéder à l’éducation, ou ignorent les langues qui seront parlées dans les salles de classe. Il leur est également difficile de connaître la proportion des communautés affectées par la crise qui bénéficie d'une éducation dans leur langue maternelle.

Malgré notre volonté d’inclure tout le monde, les barrières linguistiques compliquent la collecte d’opinions des minorités linguistiques sur des thèmes tels que la préparation de l’éducation ou la compréhension des besoins en éducation.

Ces minorités linguistiques sont souvent désavantagées dans l’éducation, et de ce fait moins susceptibles de travailler pour un organisme d’aide où les qualifications et la pratique d’une langue majoritaire sont essentielles. En conséquence, même les équipes locales ne sont pas toujours en mesure de communiquer avec les communautés minoritaires aussi bien que nous le voudrions. Les recenseurs en charge de collecter des données de planification vitales ne comprennent pas toujours les langues des enquêtes qu’ils doivent administrer. Une ​récente recherche au Nigéria​ menée par TWB montre que certains recenseurs comprennent à peine 10 % des termes utilisés lors des enquêtes administrées dans la collecte de données humanitaires. Cette information remet en question la fiabilité des interprétations faites par les recenseurs sur les questions et les réponses de l’enquête.

Nous devons donc répondre au problème des langues dans la collecte d’information.

Toutes les évaluations et enquêtes nationales doivent inclure des questions sur les langues si nous voulons comprendre les besoins des personnes que nous servons. Voici quelques questions concernant les langues que nous conseillons d’ajouter aux enquêtes :

  1. Quelle est votre langue maternelle (c’est-à-dire la langue que vous parlez depuis votre enfance et avec laquelle vous avez grandi) ?
  2. Dans quelle langue préférez-vous recevoir des informations écrites ?
  3. Dans quelle langue préférez-vous recevoir des informations verbales ?
  4. Par quel moyen préférez-vous recevoir des informations (affiche, brochure, radio, SMS, en personne, autre) ?

En outre, en prenant le temps d’aider les recenseurs à comprendre la terminologie des enquêtes, nous avons une chance d’obtenir de précieuses opinions des personnes interrogées qui parlent des langues minoritaires. Traduire des enquêtes dans les langues suffisamment maîtrisées par les recenseurs serait un bon début. Nous pouvons par ailleurs développer et améliorer la communication de façon efficace en fournissant une liste de termes dans des langues minoritaires. Les traductions de termes inconnus aideraient ainsi les recenseurs directement sur le terrain.

Une meilleure compréhension des préférences linguistiques d’une communauté offre aux intervenants une meilleure compréhension des besoins de celle-ci en termes d’éducation lors d’une période de crise. Ils pourront ainsi offrir un enseignement de qualité dans la langue maternelle ou dans plusieurs langues, et fournir une aide linguistique aux étudiants et aux enseignants.

Faciliter la communication multilingue dans un contexte humanitaire est le cœur de mission de Translators without Borders. Nous serions ravis de discuter avec vous sur les différentes façons dont nous pouvons vous aider. Rendez-vous sur https://translatorswithoutborders.org/ ou contactez [email protected] pour obtenir plus d’informations.

 

Alice Castillejo, conseillère de programme pour Translators without Borders. Elle bénéficie d’une expérience dans les secteurs du développement et de l’humanitaire.