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Discussion I: Abandon des Enfants au Cours du Cycle Primaire.

Abandon des Enfants au Cours du Cycle Primaire: Comment améliorer la rétention dans les systèmes éducatifs?

Par Laetitia Antonowicz, consultante indépendante en éducation et développement international.

Le rapport 2012 de l’UNESCO sur l’Education pour tous montre qu’en dépit de la réduction globale du nombre d’enfants non scolarisés depuis 2000, 60,5 millions d’enfants en âge d’aller au primaire dans le monde, dont 53% de filles, n’étaient pas scolarisés en 2010. 58,2 millions de ces enfants viennent de pays en voie de développement, et l’Afrique sub-saharienne compte pour elle seule 30,6 millions d’enfants non scolarisés dans le primaire.

Il existe plusieurs types d’enfants non-scolarisés. La typologie développée par l’UNICEF et l’Institut Statistique de l’UNESCO (ISU) dans le cadre de l’Initiative mondiale en faveur des enfants non scolarisés fait la distinction notamment entre les enfants qui n’entreront jamais à l’école, ceux qui y entreront tardivement, ceux qui ont abandonné et ceux qui sont exposés au risque d’abandon du primaire (UNICEF-ISU, 2011).

Améliorer la rétention au primaire et au secondaire est certainement l’un des défis de cette décennie. Pour ce faire il s’agit tout d’abord de mieux comprendre qui sont les enfants qui abandonnent l’école primaire et pourquoi.

Selon les régions, ce sont les garçons ou les filles qui abandonnent davantage leur cursus primaire (UNESCO, 2012a), mais les données masquent souvent le fait que 53% des enfants non scolarisés dans le monde sont des filles. De plus ces données ne prennent pas en compte la situation dans plusieurs pays en crise ou pour lesquels les informations collectées sont très peu fiables.

Si le profil des enfants et les barrières à leur rétention scolaire sont plus ou moins connus, des données précises ventilées par âge, sexe, location et niveau économique et social font toujours défaut dans certains pays (UNICEF, 2013). Or la problématique de l’abandon scolaire est complexe, dû au nombre et à la diversité des facteurs en jeu. Les raisons derrière l’abandon des garçons et des filles varient souvent en fonction de leur lieu de résidence, de leur âge et de la structure et des pratiques de la famille. De ce fait, seule une combinaison de solutions éducatives, sociales, économiques et politiques sont à même de combattre l’abandon scolaire durablement, particulièrement dans les situations d’urgence ou dans les pays sortant de crise.

Typologie de facteurs contribuant à l’abandon ou au risque d’abandon scolaire (Pour consulter le document de typologie de facteurs, cliquez ici.).

Causes de l’abandon et pays en situations d’urgence, de crise, de post conflit, et pays fragiles

Parmi les causes principales de l’abandon scolaires en situations d’urgence, on trouve :

  •  L’insécurité à l’école et sur le chemin de l’école (violence, attaques, recrutement des forces armées…)
  •  L’insuffisance d’écoles, manque d’enseignants, enseignants non qualifiés, non formés et peu ou pas rémunérés
  •  Faible qualité de l’éducation (manque de pertinence par rapport aux besoins à court et moyen terme des enfants, langue d’enseignement inadéquate etc)
  •  Les difficultés économiques des familles (coûts directs et indirects de l’école, y compris dans les pays où le primaire est gratuit) qui contribuent à l’abandon, au travail des enfants et aux mariages précoces des filles en particulier
  •  Les déplacements répétés des familles
  •  Le décès des parents/tuteurs qui poussent les aînés à abandonner l’école pour subvenir aux besoins de la famille
  •  Le placement des enfants chez des parents éloignés qui peut minimiser leurs chances de terminer l’école (République Démocratique du Congo, 2012)


Solutions pour améliorer la rétention scolaire

Plusieurs types d’interventions peuvent être mises en place pour combattre l’abandon scolaire. Les stratégies combinant prévention, réponse et compensation sont les plus complètes et les plus à même de toucher un plus grand nombre d’enfants ainsi que des enfants aux profils et situations différents (European Commission, 2010). Le timing des interventions de réponse en particulier est critique. Plus un enfant reste hors de l’école, plus il est difficile de l’y ramener. Le coût des interventions est aussi à prendre en considération, les activités universelles (ou ciblant des groupes spécifiques comme les garçons ou les filles) pouvant être moins coûteuses au final que les activités ciblant des individus.

Ces stratégies sont à prendre en compte en sus des efforts fournis pour :
(i) Améliorer la qualité de l’environnement scolaire et de la qualité de l’éducation (bâtiments, sanitaires, équipement, sécurité, recrutement et formation des enseignants, révision des programmes et des manuels) 
(ii) Abolir les frais de scolarité et réduire la participation des familles aux coûts directs et indirects de l’école 
(iii) Développer des modèles de financement de l’éducation respectueux de l’équité et visant à réduire les inégalités entre les régions, les groupes etc 
(iv) Réduire le nombre d’enfants qui entrent le cycle primaire tardivement ou jamais.

Volet prévention :

  •  Transferts conditionnels ou inconditionnels de ressources aux familles (bourses, bons éducatifs, aides sociales dans le cadrer d’un système de protection sociale plus large)
  •  Appuis en nature (matériel scolaire, aide alimentaire aux familles et/ou dans les écoles…)
  •  Appui aux activités génératrices de revenus (jardins scolaires pour les cantines, microcrédit, etc)
  •  Implication des parents et de la communauté dans la gestion de l’école et des enseignants
  •  Sensibilisation communautaire sur l’importance de l’éducation, aux droits des enfants, au suivi de la scolarité des enfants
  •  Programmes visant à réduire l’absentéisme scolaire
  •  Programmes d’éducation et de développement de la petite enfance préparant l’entrée des enfants (et des parents !) au primaire
  •  Systèmes d’identification et e suivi des enfants exposés au risque d’abandon


Volet réponse :

  •  Appui pédagogique aux enfants ayant des difficultés d’apprentissage
  •  Mentorat d’enfants exposés au risque d’abandon
  •  Activités extra ou périscolaires centrées sur la préparation à la vie active (aptitudes psychosociales etc)
  •  Education inclusive
  •  Systèmes d’identification et de suivi des enfants ayant abandonné l’école


Volet compensation :

  • Programmes d’éducation alternative visant à la réintégration des enfants dans le système formel
  • Equivalences et validation des connaissances et diplômes pour les personnes déplacées ou réfugiées dans des pays d’accueil.


Contraintes

Certaines activités de prévention sont difficiles à mettre en place dans les contextes d’urgence ou de fragilité. Ainsi les systèmes de protection sociale avec transferts en espèces sont difficilement gérables lorsque les banques ou les transports sont fortement perturbés.
D’autres activités sont souvent mises en œuvre de façon ponctuelle lors d’une situation de crise (écoles temporaires, appui au matériel scolaire, aide alimentaire à l’école, appui au recrutement et à la formation des enseignants et parfois à leur rémunération). Si ces actions ont généralement un impact immédiat sur la scolarisation, leur réduction ou retrait après quelques années peut donner lieu à une augmentation du taux d’abandon si aucunes interventions dans le moyen et long terme ne sont mises en place.
Des évaluations d’impact dans le long terme manquent également pour comparer l’efficacité de stratégies ou de combinaison de stratégies visant à réduire l’abandon scolaire dans les contextes d’urgence et de fragilité.


Discussion

  • D’après votre expérience, quelles sont les meilleures stratégies (et combinaison de stratégies) pour améliorer la rétention en primaire dans différents contextes (camps de réfugiés/personnes déplacées, pays/régions en crise, pays post-conflit, pays fragiles?)

  • Quelles ressources pourriez-vous partager avec les membres de l’INEE sur les questions d’abandon et de rétention scolaire en situations d’urgence, de crise, de post-conflit ?

  • Nous compilerons vos réponses et ressources à la fin de cette discussion en ligne pour faciliter le partage de l’information.

 

Références

  • European Commission (2010) Commission Staff Working Paper Reducing early school leaving. Accompanying document to the Proposal for a Council Recommendation on policies to reduce early school leaving
  • République Démocratique du Congo (2012) Enquête nationale sur la situation des enfants et adolescents en dehors de l’école, 2012, Rapport d’analyse, MIN. EPSP, Institut Supérieur des Sciences de la Population, Université de Ouagadougou, Ouagadougou, Burkina Faso
  • UNESCO (2012a) Rapport mondial de suivi de l’éducation pour tous. Jeunes et compétences : l’éducation au travail.
  • UNESCO (2012b) Gender overview: Education for All Global Monitoring Report 2012: Youth and Skills: Putting Education to Work.
  • UNICEF et ISU (2011) Initiative mondiale en faveur des enfants non scolarisés. http://www.uis.unesco.org/Education/Documents/oosci_flyer_fr.pdf
  • UNICEF (2013, sous presse) Les Enfants non scolarisés d’Afrique de l’ouest et du centre : Qui sont-ils, pourquoi cette situation et comment agir ? All Children in School by 2015. UNICEF WCARO.
     

Biographie

Laetitia Antonowicz est consultante indépendante en éducation et développement international. Elle travaille pour différentes organisations (UNESCO, UNICEF, Commission Européenne, agences bilatérales, ONG) principalement sur les questions d’accès, de qualité et de respect des droits en éducation, de gestion et de gouvernance scolaire, de gestion et formation des enseignants, et de genre et d’inclusion sociale. Depuis 2012 elle vient en appui à plusieurs bureaux de l’UNICEF (Europe de l’Est, Asie Centrale, Afrique de l’Ouest et du Centre) dans le cadre de l’Initiative mondiale en faveur des enfants non scolarisés. Dans ce cadre elle a effectué des études sur les enfants non scolarisés, a appuyé le développement de plans nationaux ou locaux pour combattre l’abandon scolaire et a élaboré des interventions au niveau local et des écoles pour identifier les enfants non scolarisés et ceux à risque d’abandon scolaire et assurer leur intégration scolaire afin qu’ils puissent bénéficier d’une éducation de qualité au moins jusqu’à la fin du collège. 
 

Résumé de la discussion

par Emeline Marchois, stagiaire pour la communauté de langue française de l'INEE, et Laëtitia Antonowicz.

Afin de clore notre première discussion en ligne sur le thème de l’abandon des enfants au cours du cycle primaire: comment améliorer la rétention dans les systèmes éducatifs? Nous vous proposons un résumé des points clés recueillis grâce à vos contributions et à l’expertise de notre facilitatrice Laëtitia Antonowicz.

Nous vous remercions pour vos commentaires et leur pertinence.


Les causes énumérées dans vos commentaires se recoupent malgré les différents contextes et zones géographiques et sont facilement identifiables :
1. L’insécurité :
• état fragile
• sur place
• sur le chemin
• abus et violences par les adultes)
2. La pauvreté dite généralisée :
• coût de la scolarité
• manque de ressources des familles
• manque de ressources dans les structures et manque d’infrastructures (peu ou pas d’installations, pas d’accès à l’eau potable, à l’électricité ou à une cantine scolaire.)
3. Une éducation sans direction :
• absence de continuum et de formations ou de débouchés futurs
• peu de motivation ou d’implication de l’apprenant, des parents ou gardiens, de la communauté, du gouvernement (causé par un contexte socio-économique difficile-absence de parents, questions de genre, culture…)
4. Des projets sans « appartenance » ni implication communautaire : voici un point clé bien souvent oublié que certains des participants ont abordé :
• incompréhension du rôle de l’école par les enfants et membres de la communauté scolaire. D’autant plus si les projets sont créés ou mis en œuvre par des personnes externes à la communauté (ONG par exemple), qui de surcroit ne les consultent peut être pas lors de l’élaboration.
• rémunération des enseignants par les ONG défiant toute concurrence avec le gouvernement et l’impact fragile des projets s’ils ne sont pas reconduits ou suivis par le gouvernement et/ou la communauté une fois la mission terminée.


Les solutions proposées dans vos commentaires devront, elles prendre en compte le contexte socio-économique, politique et environnemental de la zone géographique afin d’en assurer leur réussite. De nombreuses interventions peuvent contribuer à la rétention scolaire. Mais pour produire des résultats durables et à l’échelle d’un territoire, elles doivent être mises en œuvre de façon combinée, appropriée, et avec des moyens.

• La qualité de l’éducation, le respect des individus et les compétences et apprentissages que les élèves en retirent sont clé dans la problématique de la rétention scolaire et de la demande éducative. L’importance d’un continuum comme facteur de qualité servira à motiver cette demande.
• S’attaquer aux inégalités en terme de répartition des ressources (humaines, budgétaires etc) entre les régions/districts et développer des politiques articulées autour du principe d’équité contribuera également à l’accès et la rétention des enfants à l’école. Proposer des alternatives comme celle d’écoles itinérantes si les ressources ne le permettent pas.
• L’abandon scolaire et la non-scolarisation est l’affaire de tous et pas seulement des responsables du secteur éducation - de fait seule une réponse multisectorielle peut adresser la complexité des facteurs en jeu. Vers une éducation conçue par les personnes concernées et pour elles aidant à développer une dynamique sociale, une routine et un sentiment d’appartenance.
• Un engagement plus fort de l’état au travers de campagnes de sensibilisation, de créations d’emploi et de facilitation à l’accès (obtention des actes de naissance, simplification des démarches administratives).


Liens utiles sur ce thème :
Sélection de ressources disponibles à partir du site de L’INEE, ces ressources offrent des références et des notes d’orientation pour apporter des améliorations et avancer vers des solutions.


Manuel des normes minimales pour l’éducation : préparation, interventions, relèvement.
Notes d’orientation de l’INEE sur l’enseignement et l’apprentissage.
Notes d’orientation de l’INEE sur la rémunération des enseignants dans les états fragiles, les situations de déplacement et de réadaptation post-crise.


Normes relatives à l’eau, l’assainissement et l’hygiène en milieu scolaire dans les environnements pauvres en ressources, Adams, J., J. Bartram, Y. Chartier, and J. Sims (World Health Organization) - 2009


Manuel « écoles amies des enfants », chapitre 3 : Emplacement, conception et construction, UNICEF- 2009


D’autres ressources peuvent être consultées en ligne en cliquant sur : La boite à outils
Lien UNESCO : Enfants non scolarisés, cette page vous propose d’autres ressources et statistiques.